Faire des rabais en marché : une bonne idée ou une illusion coûteuse ?
Dans les marchés d’artisans, certaines phrases reviennent souvent. On les entend entre exposants, parfois comme une façon de se rassurer après une journée de vente :
« J’ai fait assez pour payer ma table, donc je suis satisfaite. »
« Je peux faire un rabais, tout l’argent me revient. »
Ou encore : « En marché, je peux baisser mes prix, il n’y a pas les frais des plateformes en ligne. »
Ces réflexions sont tout à fait compréhensibles. Toutefois, lorsqu’on analyse la situation de manière plus approfondie, cette lecture de la situation, il apparaît que cette lecture de la situation peut être incomplète, voire trompeuse. Ces réflexions viennent souvent d’un désir sincère de vendre, de faire plaisir aux clients, ou simplement de sentir que notre présence en valait la peine.
Mais si on prend un peu de recul, une question importante se pose : Est-ce que cette façon de voir les choses est réellement avantageuse à long terme ?
Une impression qui peut être trompeuse
En marché, il est vrai qu’il n’y a pas de commission prélevée sur chaque vente comme sur certaines plateformes en ligne. Cette réalité donne facilement l’impression que chaque dollar encaissé nous revient directement.
Cependant, en pratique, ce n’est pas tout à fait le cas.
L’argent qui entre ne nous revient pas entièrement, du moins pas comme on pourrait le croire. Une partie sert déjà à couvrir des coûts, même s’ils sont moins visibles.
Des coûts bien réels, mais moins apparents
Participer à un marché implique plusieurs dépenses :
le coût de la table
le transport
le matériel de kiosque (tente, tables, présentoirs)
l’affichage
l’emballage
le matériel promotionnel
le temps de préparation
le temps passé sur place
Ces coûts sont bien réels. La différence, c’est qu’ils ne sont pas liés directement à une vente précise. Ils sont répartis sur l’ensemble de tes ventes, ce qui les rend plus faciles à oublier. Pourtant, ils doivent absolument être pris en compte.
« Payer sa table » : ce que ça veut vraiment dire
Quand on dit qu’on a « payé sa table », cela signifie que les premières ventes ont servi à rembourser les coûts de participation. Autrement dit, une partie des produits vendus n’a généré aucun profit. Si on pousse la réflexion un peu plus loin, cela veut dire que certains produits ont été vendus sans couvrir leur coût de production.
Payer sa table, cela veut souvent dire : « J’ai donné mes produits pour rembourser une partie mes dépenses de participation. »
Ce n’est pas une erreur en soi. Participer à un marché peut être vu comme un investissement parce qu’il permet de générer des revenus en ligne. Il est important d’être conscient des coûts réels de ses produits pour bien évaluer sa rentabilité. (Pour approfondir ce sujet je te propose un vidéo se nommant l’importance de valider ses feelings avec un calculatrice : https://www.repertoiresemeq.com/boutique/14 qui est gratuite pour les membres du répertoire SÉMEQ)
Et les rabais dans tout ça ?
C’est ici que ça devient plus délicat. Quand on fait un rabais en se disant que « tout l’argent nous revient », on oublie que :
une partie de cet argent sert déjà à payer nos coûts fixes
la marge de profit est souvent plus petite qu’on pense
Donc, en réduisant nos prix, on diminue une marge qui est parfois déjà très mince… voire inexistante. Dans certains cas, si on fait les calculs, on réalise même que les coûts liés à un marché représentent un pourcentage plus élevé que les frais d’une plateforme en ligne ou du pourcentage pris par les boutiques offrant la consignation de produits.
Autrement dit, même sans commission visible, il y a un coût associé à la vente de chaque produit.
Les rabais : un geste anodin, mais qui n’est pas sans impact
Des offres comme : « Je paie les taxes » ou « Prix spécial marché » peuvent sembler inoffensives. Elles sont souvent faites avec de bonnes intentions : faciliter la vente, créer un lien, faire plaisir. Cependant, elles envoient aussi le message que le prix est flexible et qu’il peut être réduit sans conséquence.
Or, dans une entreprise artisanale, chaque réduction a un impact direct sur la rentabilité. Si tu ne connais pas ta rentabilité, il est possible qu’un rabais entraine des pertes.
Une réalité différente pour chacun
Il est aussi important de reconnaître que toutes les réalités sont valides.
Si tu fais des marchés par plaisir, comme loisir, sans objectif de rentabilité : c’est parfaitement correct.
Si tu veux rentabiliser ton temps, développer ton entreprise ou en vivre : cette réflexion devient essentielle.
Parce qu’au final, peu de gens peuvent se permettre de perdre de l’argent surtout sans s’en rendre compte.
L’objectif : faire des choix éclairés
L’idée n’est pas de dire qu’il ne faut jamais faire de rabais, mais plutôt de se poser une question simple : Est-ce que ce rabais est un choix stratégique ou une réaction instinctive?
Prendre le temps de faire ses calculs, même de façon approximative, change beaucoup de choses :
on comprend mieux ses coûts
on voit plus clairement sa rentabilité
on prend des décisions plus alignées avec ses objectifs
En résumé
En marché, l’argent de nos ventes ne nous revient pas entièrement. Ce n’est pas un revenu net immédiat. En être conscient permet de :
mieux évaluer la rentabilité réelle
ajuster ses pratiques
bâtir une entreprise viable et durable
Parce qu’au final, ce n’est pas seulement ce que l’on vend qui compte, mais bien ce qu’il nous reste réellement à la fin de la journée. C’est la capacité à préserver une marge viable qui assure la pérennité d’une entreprise artisanale.
lien vers la vidéo youtube : https://youtu.be/PDGXH7N0MUA
Lien vers l'importance de valider ses feelings avec une calculatrice : https://www.repertoiresemeq.com/boutique/14

